HIER, tour à tour à la barre du tribunal correctionnel de Saint-Quentin, le prévenu et la victime, son ex-concubine, ont parlé de leur amour, du projet de mariage et de l'envie d'avoir un enfant. Lui comparaît pourtant pour violences conjugales répétées.
Christophe Dewitte et Catherine se sont rencontrés en février dernier, un mois plus tard, ils vivaient ensemble. Seule ombre au tableau : l'alcoolisme de monsieur qui le rend violent. Le prévenu, âgé de 42 ans, reconnaît à la barre qu'il est consommateur depuis une vingtaine d'années, dépendant « de cette drogue » depuis douze ans et qu'il a suivi huit cures de désintoxication. Un échec total. C'est sur ces tentatives de guérison que Catherine avait espéré fonder une famille, mais il a rechuté et quand il est ivre, les coups pleuvent. Ce fut le cas le 27 avril et encore le 14 juin. Cette fois, la jeune femme porte plainte. Elle a pris sa décision, elle fait son sac et le quitte. Christophe Dewitte a déjà consommé une bouteille de whisky. Il sait que la situation peut très vite dégénérer. D'autant que sa concubine va le gifler, en colère de le voir de nouveau « boire jusqu'à plus soif ».
« Je suis entré dans une rage pas possible. Je l'ai mise dehors pour éviter le pire. Elle a eu peur de mourir sans doute », explique-t-il à la présidente du tribunal qui l'interroge sur les faits. Son ex-concubine s'avance à son tour pour exprimer sa peur. « Tu ne sortiras pas de là vivante », lui aurait-il dit. Aujourd'hui, la jeune femme a quitté la région. Il l'a harcelée au téléphone. Il l'a menacée ainsi que toute sa famille, évoque-t-elle encore à la barre.
« Une relation particulière »
Le substitut du procureur Julien Haquin revient sur la relation de couple et relève « la dépersonnalisation » dans le discours. Christophe Dewitte a fait état à la barre « d'une libido qui déconnait », « d'ébats sexuels musclés » mais aussi de « problèmes existentiels ». La manière dont le prévenu raconte la scène choque. Il parle de « la victime » quand il s'agit en réalité de sa concubine. « Le discours qu'il adopte est théorique et dépourvu de toute émotivité, reprend le représentant du Parquet, il fait froid dans le dos. »
Christophe Dewitte a été policier durant vingt ans. Il maîtrise parfaitement le langage et les procédures judiciaires. Il sait qu'il va être condamné. Il plaide coupable, reconnaît avoir été violent et demande pardon à la victime. « Le message est clair. Ce comportement violent-là, la société ne l'acceptera jamais », lui assène Julien Haquin avant de requérir une peine d'un an de prison dont six mois assortis d'un sursis avec mise à l'épreuve durant trois ans. Le dernier sursis avec mise à l'épreuve n'ayant pas été respecté, il demande à ce qu'il soit révoqué. Le tribunal correctionnel d'Avesnes-sur-Helpe l'avait condamné, en avril 2010, à deux ans de prison dont un avec sursis pour violences sur ascendant. L'homme est donc coutumier des comportements violents.
Hier, pour sa défense, Me Soncin évoque « le contexte » de cette affaire en se référant à « l'ambiance » de la confrontation à laquelle il a assisté et qui n'est pas retranscrite dans les procès-verbaux. Me Soncin plaide « une relation bien particulière » au sein du couple et une séparation douloureuse.
Sa consœur, Me Barth, avait retracé le parcours de sa cliente, tombée sous le charme de cet homme qu'elle trouvait « rassurant » pour s'apercevoir très vite qu'il dégageait « une jalousie maladive ». « Les coups arrivent presque immédiatement », plaide l'avocate. Face à « ce déchaînement de violences, elle réagit assez vite et part le 14 juin, malgré les sentiments », argumente-t-elle encore. Elle requiert 1 500 € de dommages et intérêts.
Le tribunal suivra les réquisitions du Ministère public. Mandat de dépôt a été délivré à l'audience. Christophe Dewitte a donc réintégré, dès hier soir, la prison, dont il était sorti en octobre 2010, pour une période de dix-huit mois. Il devra se soigner et ne pas entrer en contact avec la victime. Par ailleurs, il devra lui verser 1 000 € au titre des dommages et intérêts.
http://www.lunion.presse.fr/article/aisne/saint-quentin-violences-conjugales-lex-policier-alcoolique-retourne-en-prison
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